Une belle amitié commence


La peinture de TENKO est traversée d’injonctions contradictoires. Il pré- pare ses châssis et ses toiles, puis ses fonds, avec la rigueur scrupu- leuse d’un artisan de précision. Ensuite, ça se gâte. En deux décennies de travail, il a eu le temps d’apprendre et d’essayer de désapprendre les gestes du métier. Au départ de sa toile, se trouve souvent une idée assez précise, anec- dote autobiographique ou débris d’état d’âme a ronger qu’il ne tente pas de traduire visuellement, mais qui l’aiguillonne pour chercher des gestes picturaux toujours plus libérés. Il maltraite ainsi tout un vocabulaire de signes : ligne sinueuse, flou brossé, détail chiadé, empâtement ( rare ), glacis, et contraste de couleurs tantôt chic, tantôt injurieux ( jaune et mauve... ) Également musicien, il compose, tente un contrepoint avant de bazarder le système tonal. La représentation humaine est presque omniprésente mais délitée au profit du signe qui oscille entre l’iconique et le plastique. Dans cet aller-retour de l’œil, qui cherche un référent puis se goinfre des stimuli sensoriels, se niche un des noyaux de son travail, autour duquel il met l’espace et la lumière en mouvement.
David Lemaire Directeur du Musée des Beaux Arts de La Chaux-de-Fonds Vue de l’exposition 75e Biennale de La Chaux-de-Fonds 2023